La caricature est ou doit être
la vengeance du faible contre le fort triomphant, l'éclat
de rire du vaincu au nez du vainqueur : c'est le moucheron
bourdonnant, sonnant la charge, actif, ailé, insaisissable,
faisant voltiger l'éclair de son dard mobile à
la gueule du lion qui étouffe de colère impuissante,
et se jouant en fines piqûres dans ces griffes prêtes
à le broyer. Elle ne se comprend que dans ce rôle
d'escarmouche et sous ce costume de guérilla. Complément
du triomphe matériel, dirigée contre le faible
et le vaincu elle deviendrait odieuse, et son rire aurait
quelquechose de répugnant comme l'insulte du bourreau.
On n'a jamais vu, on ne verra jamais la caricature s'enrôler
au service du pouvoir sans perdre du même coup sa verve
et toute sa force : elle ressemble à ce loup maigre
et pelé dont parle encore La Fontaine, qui ne pouvait
supporter le collier.
VICTOR
FOURNEL (1885)