Cette
idée, qu'un grand homme doit être vexé
de se voir reproduire autrement que dans toute la splendeur
de sa beauté et sans les insignes de sa place ou de
sa gloire, me rappelle un excellent mot d'un successeur de
Saint-Pierre. Michel-Ange qui, en tant qu'artiste, était
presque de la taille de mon ami Henri Meyer ou d'André
Gill, voulut un jour se venger d'un cardinal de ses ennemis.
N'ayant aucune feuille périodique à sa disposition,
il plaça le prince de l'église dans son "jugement
dernier", au milieu des damnés les plus horriblement
torturés. Le cardinal s'en plaignit au pape et le supplia
de sommer l'artiste d'effacer son portrait-charge si indignement
enrégimenté en pareille compagnie. "si
vous étiez dans le purgatoire, lui répondit
le saint-père, je pourrais faire quelque chose pour
vous, mais mon pouvoir n'est pas assez grand pour vous retirer
de l'enfer". Le cardinal rouge ... de colère,
fut obligé d'en passer par la volonté de l'artiste.
FELIX
JAHYER (1867)