Le
travail du dessinateur est passionnant. Il trace rapidement la composition
de son dessin (les professionnels désignent cette étape
sous le nom de "crayonné").
Ensuite, Alfred GREVIN utilise les calques pour reprendre les lignes
principales, les dégager et les accentuer. Puis il découpe
ses calques, déplace une tête, un bras, pour souligner
un mouvement, une expression.
Certains personnages sont mêmes formés de corps provenant
d'un dessin et de tête provenant d'un autre. Lorsque le dessin
correspond à l'intention de l'artiste, il le livre à
l'éditeur.

Croquis
d'un lion (original)
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Détail
de la page de garde
du livre : "LES PARISIENNES"
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Les
moyens de reproduction, à la fin du XIXème siècle,
sont nombreux; malheureusement, le résultat dépend du
soin et du goût des artisans-imprimeurs (et des finances de
l'éditeur).
Il faut bien dire que dans le cas de GREVIN, il existe un fossé
entre l'élégance et la force du dessin original confié
par l'artiste et son interprétation sèche et plate livrée
par l'éditeur aux lecteurs. L'utilisation maladroite par l'imprimeur
d'une mise en couleur limitée à quelques tons de bleu
délavés, de rose ou de vert pastel peu convaincants
n'arrange rien.
Quand
on connaît la richesse expressive des quelques taches d'aquarelle
ou de gouache que parfois Alfred GREVIN posait sur ses uvres,
on ne peut que regretter la pauvre "colorisation", hélas
seule connue du public par l'intermédiaire des journaux et
publications.
DAUMIER a eu la chance de tracer lui-même sur la pierre lithographique
le dessin qu'il livrait au public. Ainsi, il évitait l'interprétation
de son uvre par un artisan-graveur ; d'où la grande force
de ses lithographies parues notamment dans le Charivari, et qui ont
fait sa célébrité.
Il aura manqué à GREVIN la possibilité de s'exprimer
directement et de livrer sans intermédiaire, ses uvres
au public. Le bonheur de pouvoir contempler les dessins originaux
d'Alfred GREVIN permet de le replacer à son juste rang, qui
est l'un des plus élevés parmi les dessinateurs du XIXème
siècle.
Texte
de Jean-Bernard SANDLER
Quelques
références:
E.
BENEZIT - Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs
et graveurs.
Ed. Gründ 1998.
M. OSTERWALDER - Dictionnaire des Illustrateurs.
Ed. Hubschmid et Bouret 1983.
SOLO et Catherine SAINT-MARTIN - DICO SOLO : 5000 dessinateurs
de presse et quelques supports.
Ed. Solo-Saint-Martin et Groupe Té-Arte
1996.
Emile BAYARD - La caricature et les caricaturistes.
Ed. Delagrave (sans date/1900).